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STOP

  • Photo du rédacteur: Karine Ulcoq
    Karine Ulcoq
  • il y a 12 minutes
  • 3 min de lecture

Station de police. Ile Maurice. 2026.

Malgré la rime, rien de poétique.


Elle entre. On lui dit de s’asseoir. Elle sait comment cela fonctionne.

Il faut qu’elle explique pourquoi elle est là. Elle expose les faits, sans émotion “Je suis harcelée”.

L’officier demande “Comment ?”.

Elle lui montre. “Ça se passe en écrit, par mail et par messages”.

Il demande à voir les injures.


Etonnement.


Elle explique qu’il n’y a pas d’injures. C’est l’IA qui écrit pour lui. La forme est soignée. La surface est lisse, artificielle, contrôlée, maîtrisée à la virgule près. Rien qui ne sorte du politiquement correct.

On y trouve du chantage littéraire (“si tu ne …, je n’aurais d’autre choix …”), des menaces en prose (“à défaut de …., je ferai …”), des ordres en gras (“je t’interdis formellement …”), des mensonges et des grossièretés en italique.

Son agent artificiel transforment des sujets minuscules en faits dramatiques.


Mais il n’y a pas d’injures et d’insultes, ni de menaces de mort.


Le policier lui explique la procédure et les documents à fournir. Il mentionne à nouveau les insultes ... "Même si on fouille un peu ?"


Elle s’arrête et réfléchit.

Elle lui explique alors, non plus les faits, mais les conséquences.

Elle change l’angle.


Elle lui parle de l’impact, des ressentis, du vécu, de l'état émotionnel. Elle montre le volume des écrits (au moins une dizaine par jour), envoyés dès le matin, au compte-goutte durant toute la journée, tous avec le but de menacer, d'attaquer.

Elle lui raconte ces missiles verrouillés sur leur cible par une main déshumanisée, robotisée.


Elle conclut en lui disant que nous n’avons pas besoin d'être injurié pour être harcelé. Le harcèlement prend toutes sortes de formes. Elle lui dit alors que les injures ou les insultes sont des formes d’agressivité, de violence verbale, qui peuvent être des moyens utilisés pour harceler, mais que le harcèlement ne se réduit pas à cela.


Ça y est, c'est l'ouverture.

Il entend.

Sa réaction première était un pur automatisme.


Cette histoire, inspirée de faits réels, m’a fait réfléchir.


A la réunion de classe de rentrée du collège de mon fils, la notion de harcèlement a été abordée.

C’est un sujet qui est pris extrêmement au sérieux, pas seulement dans les règlements intérieurs de nos institutions scolaires, mais aussi dans le cadre légal qui régit notre société. Et ce, à juste titre, car les cas se multiplient.

Le combat de sensibilisation est mené de front. Harcèlement scolaire, harcèlement moral, harcèlement au travail, harcèlement physique ; les notions sont décortiquées, On sait tous, plus ou moins aujourd’hui, à quoi ces mots font référence.


Et pourtant, cela n’écarte pas ces vieux automatismes qui réduisent le harcèlement à de l'agressivité.


Il est parfois essentiel de revenir à la source, aux strictes définitions :

  • Le harcèlement moral, ce sont des agissements malveillants et répétés à l'égard d'autrui, susceptibles notamment d'altérer sa santé physique ou mentale, de porter atteinte à ses droits ou à son avenir professionnel.

  • On appelle cyberharcèlement le fait de tenir des propos ou d'avoir des comportements répétés qui portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant, ou créent à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante.


Qu’elles soient du Larousse ou du Ministère, les définitions sont claires. La répétition, l’intention de nuire, l’atteinte à la dignité et à la liberté individuelle : il s’agit bien de harcèlement.


Si l’on ajoute à cela un agent artificiel qui a pris le contrôle des communications, revêtant un manteau d’orthographe et de grammaire sans pli, maîtrisant parfaitement les limites à ne pas dépasser, écartant toute émotion de ses écrits, transformant la malveillance de son maître en surface nette, il devient un peu plus complexe d’identifier, de façon isolée et de premier abord, la cause qu’il dessert.


Alors, au moindre doute, revenons aux fondamentaux …


Et rappelons-nous surtout que, dans cette ère de déshumanisation massive, la forme ne reflète pas toujours le fond !


Enfin, n’oublions plus jamais le mot de passe.

Il tient en quatre lettres.


S.T.O.P.

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