Petits magiciens
- Karine Ulcoq

- 16 mai 2025
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 9 juin 2025
Un soir, alors que je mettais mon fils de 4 ans à dormir, je prenais le temps de parler un peu avec lui, comme souvent lors de ces moments doux qui accompagnent parfois les transitions du quotidien. Il me parlait de cette figurine qu’il avait vue dans la chambre de son grand frère, « J’ai trop envie », persuadé qu’avec sa petite voix et ses petits cils qui battent la mesure, elle apparaitrait sous son oreiller pendant la nuit. Me voyant rire, pas vraiment touchée par son besoin vital d’avoir sa figurine, tous ses espoirs déchus, il décide d’opter pour une autre tactique. Prenant alors un air très sérieux, il me lance « Mais toi maman, qu’est-ce que tu aurais aimé avoir ? ».
Me voilà déstabilisée par la question. Je décide de la traiter sérieusement malgré tout. Je réfléchis mais je ne trouve rien. Aucun objet extraordinaire ni jouet incroyable. Tout ce qui me vient à l’esprit sont des trucs d’adulte, trop complexes et pas très intéressants.
Je lui réponds alors, dépitée, « Je ne sais pas ». Il remarque que je suis sincère mais surtout que je me sens un peu bête de ne pas avoir de réponse à une question pourtant simple. Il oublie sa figurine et choisit de me venir en aide. Il réfléchit trois secondes et m’annonce « Moi, je sais !». Intriguée, je lui demande à quoi il pense. Il me dit, d’un air victorieux « Moi en doudou, pour les jours où je ne suis pas là ».
Chaque semaine, nous nous séparons pour quelques jours. Dans notre routine, il y a des semaines A et des semaines B. On compte les dodos, un week-end sur deux, et parfois la semaine. On vit au rythme des transitions, retrouvailles et séparations, petites et grandes, jamais très simples.
Un autre soir, il me sort sur le ton de la confidence ce qui semble être un grand secret « Maman, tu sais, maintenant, j’arrive à fabriquer des rêves de toi ». Il est fier. Il y a de quoi, n’empêche, car lui, les rêves, il les fabrique ! Et quand je suis loin de lui, ben c’est simple, il me fabrique moi, dans son rêve. Ça y est, j’ai eu ma place dans le club select' des « trucs préférés qu’il fabrique quand il dort », parmi les maisons en bonbons, les nuages en crème chantilly, les licornes, les sirènes et les fusées.
Quoi de plus simple pour adoucir l’absence que de fabriquer ce qui nous manque ?
Nous pensons, à tort, nous les adultes, avoir fait le tour de toutes les questions et détenir un nombre incalculable de vérités. A l’heure où toutes les réponses se situent au cœur des intelligences artificielles, n’aurait-on pas oublié d’en chercher d’autres, les essentielles, auprès de ceux qui accueillent la vie qu’on leur donne avec une confiance aveugle et une capacité infinie de s’adapter à ces vents et marées qui font dix fois leur taille mais qui n’arrivent jamais à la cheville de leur petit cœur immense ?
La résilience n’a pas d’âge, la sagesse non plus.
Elles se logent dans les yeux de ces petits magiciens qui d’un seul coup de brosse à cheveux, (parfois aussi de brosse à menton et d’oreilles, il faut souffrir pour être belle, n’est-ce pas ?) réalisent notre rêve de petite fille « Là, tu es mari belle, on dirait une princesse ».
A toi mon petit magicien qui me colle un sticker de deux petites pommes rouges sur le bras et puis s’en va, « car nous on est deux », alors que je suis « hyper concentrée » et que j’ai réclamé trois fois depuis cinq minutes de ne pas être dérangée, merci de ne pas obéir et me rappeler que la vie c’est aussi (et surtout) ce qu’on ne voit plus.
A toi, dont l’une des plus grandes joies c’est de devenir grand, à toi qui ne sais pas encore que grandir c’est aussi rapetisser dans ce monde fou où l’on a mis nos rêves en bouteille et où ce sont nos 'applis' qui nous disent si l’on a chaud ou si l’on a froid, merci de me rappeler que quand c’est beau, on n’est pas obligé de choisir « Moi, mes couleurs préférées, c’est rouge, bleu, vert clair, vert foncé, orange, marron, gris et rose et … c’est tout ! ».
A vous tous, petits magiciens, continuez de nous rappeler que nous aussi, avant, il y a longtemps, très longtemps, avant que l’on ne devienne grand, on savait aussi les fabriquer, nos rêves …

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