La Bulle
- Karine Ulcoq

- 16 sept. 2024
- 3 min de lecture
Dans l’école de mes enfants, il y a un nouvel espace que l’on appelle 'La Bulle'.
Une idée simple, brillante, essentielle.
La Bulle, c’est une salle, un SAS, un « safe place », pour les élèves, pendant la récréation. Un adulte volontaire y est présent pour les accueillir, tous les jours. On vient si on veut, on part quand on veut. On peut s’asseoir, parler, ne rien dire, ne rien faire, lire, faire un jeu de société.
On peut simplement être là, pour ne pas être dehors, dans cette récré où l'on se fait parfois harceler ou rejeter, où l'on peut errer, seul, incompris.
Car être seul est souvent perçu comme être bizarre.
Et être différent, c’est toujours un peu compliqué.
Surtout dans nos sociétés où l’on prône des modèles uniques.
Bref, la Bulle, ça m’a fait réfléchir.
J’ai travaillé longtemps en milieu scolaire avant de rejoindre le monde de l’entreprise.
J’ai accueilli et entendu tant de souffrances et de solitudes.
J’ai aussi été élève. De celles qui s'ennuient, qui finissent souvent dans le coin bibliothèque pendant la classe. Trop sensible, trop tout probablement.
Différente, certainement.
Tandis que je déposais mes garçons à l’école ce matin, je leur expliquais le principe de ‘La Bulle’ mais surtout la nécessité de ces espaces dans leur vie d’écolier. Ils m’écoutaient attentivement, ils ne comprenaient pas pourquoi je mettais autant d’emphase sur ce concept nouveau dans leur école, ils ne comprenaient pas pourquoi je leur disais que ces espaces sécurisants pouvaient sauver des vies.
Évidemment.
Ils ne savent pas encore combien le monde peut être parfois hostile. Ils ne se doutent pas encore de la violence de notre société, tantôt cruelle, tantôt intolérante, parfois hermétique.
Ou les trois à la fois.
Alors, je me suis dit que finalement, c'est peut-être nous, adultes, qui aurions eu besoin d’une ‘Bulle’.
Au travail déjà, où tant de souffrance et de solitude existent encore.
Dans nos vies respectives aussi ... surtout ...
Évidemment, il serait compliqué de créer des ‘Bulles’ au sein de nos entreprises car il y a un obstacle malheureusement infranchissable dans notre société moderne, c’est la peur du regard de l’autre et ce besoin dangereux de devoir toujours paraitre fort et solide.
Tu passes le pas de la porte et ça y est : « Tu es sûr que tout va bien ? Tu ne serais pas en burn out ? ».
Mais, je me dis que malgré tout, à défaut de pouvoir créer un « safe place » physique, on pourrait peut-être commencer par créer un sentiment de sécurité, en entreprise ou ailleurs.
La ‘Bulle’, ça pourrait être chacun de nous : un regard, une main qui se tend, une phrase, un geste vers l’autre, peu importe qui. Tous.
La bienveillance PEUT sauver des vies.
Mais la vraie, pas celle que l’on dresse comme un étendard de politesse. Celle que l’on ressent et que l’on transmet, celle qui part de soi et qui touche l’autre.
Eh oui, à l’école, ils ont des ‘Bulles’.
Et c’est bien à nous, adultes, dans nos vies personnelles et professionnelles, de tout faire pour ne pas les éclater et au contraire d’œuvrer pour les élargir, les consolider et les regarder voler et braver les tempêtes sentencielles de nos sociétés qui jugent, réduisent et condamnent ce qui fait de nous des êtres humains : notre sensibilité.
La solitude est un sentiment, après tout.
Et la différence, une perception.

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