Inferno - 18 avril 1972
- Karine Ulcoq

- 18 avr. 2025
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 21 avr. 2025
Le 18 avril 1972, Elsie Ulcoq (née Mayer), 42 ans, et Louis Ulcoq, 51 ans (plus connu sous le nom de Dop) étaient à bord d’un avion de la ligne aérienne East African Airways qui s’est écrasé à Addis-Abeba.
Ce couple voyageait pour la première fois pour rejoindre leur fils ainé, Patrick, à Rome. Ce dernier étudiait à Londres.
Ils ont pris l’avion à Maurice, ont fait une première escale à Nairobi et une deuxième à Addis Abeba où le convoi devait récupérer d’autres passagers avant de continuer sa route vers l’Europe.
L’avion n’a jamais décollé d’Addis-Abeba et Elsie et Dop n’ont jamais pu rejoindre Patrick à Rome.
Elsie est morte le 18 avril 1972, son mari quelques jours après, le 21 avril, laissant derrière eux 4 enfants, respectivement âgés de 21 ans, 19 ans, 12 ans et 5 ans.
Elsie et Dop sont mes grands-parents. Patrick est mon père.
Je n’ai jamais eu la chance de les connaitre mais leur histoire est gravée dans la mémoire de notre famille et dans celle de nombreux mauriciens.
Bien des années plus tard, j’ai voulu repartir sur les traces de cet accident.
J’ai trouvé (par hasard ?) un site dédié à East African Airways qui regroupe des témoignages, des histoires, des vécus de différentes personnes ayant travaillé pour cette compagnie. J’ai pris contact avec l’administrateur de ce site.
Suite à quelques échanges, je comprends que cette personne n’a aucun lien direct avec cette compagnie aérienne mais a démarré ce site en 2010 « as a hobby » et surtout pour reconnecter les différentes personnes dont les histoires ont pu s’entremêler durant l’existence de cette compagnie qui a fermé en 1977.
Cette personne m’a envoyé des documents liés à cet accident, notamment une photo de l’avion, le rapport officiel de l’accident mais aussi et surtout les coordonnées d’un homme qui a survécu à ce drame.
J’ai pris contact avec cet homme, un italien, qui m’a partagé brièvement son histoire.
Grace à tout cela, après tant d’années, j’ai enfin pu tisser un lien entre ma vie et la mort de mes grands-parents, j’ai pu me connecter à cette histoire qui fait malgré tout partie de la mienne et qui définit d’une certaine façon des multitudes d’existences.
Cette histoire, si je choisis de la partager, c’est avant tout pour rendre hommage 48 ans plus tard à ce moment tragique dans la vie de plusieurs personnes, mais c’est aussi et surtout parce qu’il n’y a pas de pire mort que l’oubli et que seule la mémoire peut permettre d’exister.
Le matin du 18 avril 1972, après une escale de moins d’une heure à Addis-Abeba, le vol EC720 d’East African Airlines, un Super VC-10, s’apprête à redécoller pour Rome. En pleine accélération, un énorme bruit se fait entendre, suivi d’une intense vibration. L’appareil venait de heurter un 'jacking pad' qui s’était détaché d’un plus petit avion qui avait décollé un peu avant et qui gisait là, sur la piste. L’étape de freinage est alors enclenchée mais la vitesse étant trop importante (approx 140 nœuds), la roue avant éclate, l’avion pique du nez et se brise en deux. La partie arrière de l’appareil prend immédiatement feu.
3 personnes de l’équipe de pilotage, 4 personnes de l’équipage de cabine et 35 passagers ont trouvé la mort lors de cet accident. Parmi, Elsie et Dop.
Le survivant italien, avec qui j’ai correspondu, était assis à l’avant de l’avion. Ses 2 enfants dans les bras, il se souvient avoir essayé de sortir de cet « inferno ». Il revoit encore ces flammes immenses, du feu tout autour de lui, des personnes qui étaient déjà décédées à l’intérieur. Mais il n’a jamais su comment il a pu être retiré de ce brasier et il n’a jamais compris pourquoi ses 2 enfants n’ont pu être sauvés.
Les survivants ont été rapatriés en Angleterre quelques jours plus tard, à l’hôpital Mandeville. Ma grand-mère était décédée sur les lieux de l’accident et mon grand-père, qui a survécu quelques jours de plus, n’a pas eu le temps de monter dans cet « avion de survie ».
Mon père qui les attendait à Rome apprend l’accident aux informations et après plusieurs démarches, se rend à Addis-Abeba, retrouver ses parents pour ensuite ramener leurs corps à Maurice quelques jours plus tard.
Ils ont pu rejoindre leur terre natale et sont enterrés au cimetière de Cassis.
Un objet laissé sur une piste d’atterrissage, des freins qui n’étaient pas suffisamment solides, un brasier immense, des vies perdues, d’autres vies secouées et marquées … Une histoire qui en raconte d’autres.
Ces flammes qui les ont emportés le 18 avril 1972 laisseront derrière elles des brûlures à vif mais ne prendront jamais le pas sur cette autre flamme qui doit toujours rester allumée dans nos cœurs et nos esprits : celle de la mémoire, celle des souvenirs, celle de la vie qui a été, celle de la vie qui est donnée, celle de la vie qui s’en est allée et celle de la vie qui continue …
A vous, mes chers grands-parents, reposez en paix.
Karine Ulcoq, 18 avril 2020.

Bonjour Karine. Je suis ton oncle François de Senneville, le fils d’Eileen , la sœur d’Elsie, ma Tante. J’avais 8 ans et cet événement tragique m’a évidemment profondément marqué. Tous les soirs nous allions chercher Danielle, Yan et Nathalie (Patrick n’était pas encore rentré à Maurice je crois) pour dîner ensemble chez nous à Floréal, à côté du Trou aux cerfs et ma proximité était alors avec mon cousin Yan, le plus proche en âge. On n’est jamais préparé à vivre des moments comme cela et encore moins à 8 ans mais lorsqu’ils surviennent, la famille se resserre pour partager sa peine et apprendre à survivre. C’est ce que nous avons fait. On y est arrivé et on n’a pas…