"Celui qui tue"
- Karine Ulcoq

- il y a 4 jours
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Dernière mise à jour : il y a 3 jours
Mafate, contrairement à ce qu’indique son nom originel, ressemble étrangement à la vie.
Il faut d’abord y entrer.
Les points de départ sont multiples. Chaque sentier s’inscrit dans une catégorie de difficultés qui lui est propre, mène à une destination différente et promet une expérience unique.
Il y a les entrées populaires et connues, ces chemins déjà tout tracés, on sait exactement où l'on va atterrir.
D’autres sont plus sauvages, pleins de promesses, complètement inattendus.
Certains paraissent déjà insurmontables tant ils sont abrupts.
Et puis, il y a ceux qui s’étirent à l’infini, longs et interminables, plats et sans surprises.
Nous démarrons tous, sans exception, avec un bagage. Qu’il soit lourd, grand, invisible, compact, immense, léger, confortable ou rempli de choses inutiles, il s’adapte à ce que nos épaules peuvent supporter.
Les premiers pas se font ; tantôt hésitants, tantôt assurés.
De toute façon, peu importe le point de départ, il faut y aller.
Le chemin est finalement plein de surprises.
On aura beau s’y être préparé, on est loin d’imaginer jusqu’où nos limites seront repoussées.
Fort heureusement.
Car entre le savoir et l’expérience, il y a souvent l’ignorance.
La distance à parcourir se mesure en heures et en minutes. Et comme le temps dépend d’une vitesse, on s’éloignera plus ou moins de cette norme, selon son rythme à soi et celui de nos compagnons de route.
Chaque sentier laisse découvrir un paysage différent, parfois boisé, parfois rocailleux, parfois lumineux, parfois escarpé, puis surgira une oasis composée d’ombre et de quelques branches, pour reprendre des forces après la montée.
Se ravitailler est essentiel.
Écouter son corps, en prendre soin, rester attentif à ces douleurs qui crient nos limites, est vital.
Il y aura des moments de découragement, de désespoir, des épreuves sur le parcours qui donneront envie de s’arrêter et de ne plus bouger. Une main tendue, un regard, un mot suffiront pour se relever.
Un pas après l’autre, on avance à nouveau, c’est l’instinct de survie, la volonté, la persévérance, le dépassement de soi.
Ce sont nos jambes qui nous portent. Mais c’est dans la tête que tout se passe.
On croisera d’autres en chemin. Certains qui courent, d’autres qui marchent. Ils seront seuls, en groupe, quelques-uns en couple, d’autres en famille.
On échangera un mot, on partagera un morceau, ou juste un bonjour poli.
Personne n’a le même équipage ni les mêmes équipements.
Mais tous ont un point de départ et un point de sortie.
Tous chercheront un abri en route ; un rocher, un sentier ou un gîte pour se reposer.
Sur le chemin, on trouvera des petites grottes regroupant statuettes et bougies ; la spiritualité se niche aussi au creux des rochers.
Un peu plus loin, un mot, des fleurs en mémoire de ceux qui sont tombés en chemin, on se recueillera un moment, on pensera à la vie qui s’en est allée.
On se souviendra alors que c’est le vide qui nous entoure et qu’il suffit d’un pas de travers ou d’une seconde d’inattention pour une chute fatale.
Sur un rocher, plus loin, des mots gravés : « Courage et amour ». Quelqu’un aura pensé à celui qui passera après lui.
Au cœur de cette immensité montagneuse où seule la Nature fait du bruit, on se rend compte alors combien nous sommes petits car c'est Elle qui décide.
Elle nous abrite de ses propres dangers.
Elle nous apprend le respect de celui que l’on croise.
Elle nous rappelle que les remparts protègent certes des tempêtes mais bloquent aussi les rayons du soleil.
Elle nous dit que la force du cœur sera toujours plus grande que celle que l’on a dans les jambes. Car sans ses battements, c’est le souffle qui se perd.
Elle nous dit que la mort est partout mais qu’avant elle, il y a la vie surtout.
Oui, Mafate, c’est comme la vie.
Nous la traversons, dos courbé ou tête haute, pas à pas ou à toute vitesse, seul ou accompagné, parfois bien et parfois mal aussi.
Mais, tous, sans exception, n’y serons que de passage.

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